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« Ah ! non, Bob ! » par « les trois gars »

C&R

Ah ! non, Bob !

Il nous semble que l’existence des chansons ne naît pas d’un quelconque besoin qu’éprouverait « le monde ». Si besoin il y a, il serait plutôt à chercher du côté de ceux qui les écrivent, ces fameuses chansons. Et si elles rencontrent un public, cela ne signifie pas pour autant que ledit public était frénétiquement en demande. Il prend ce qui lui plaît parmi ce qu’on lui offre, voilà tout.
L’activité artistique demeure, en revanche, indispensable à pas mal d’humains, qui ne se soucient guère de savoir si les thèmes qu’ils abordent ont déjà été explorés à maintes reprises par le passé, et presque toujours bien mieux que ce qu’ils proposeront. Depuis le temps que s’écrivent des romans, que des Flaubert, des Zola, des Dostoïevski, des Céline ou des Camus nous ont laissé des œuvres difficilement égalables, cela n’empêchera pas (hélas ?) des Amélie Nothomb de continuer à écrire. Il se trouvera toujours sur les bords de Seine ou de la Volane des peintres du dimanche plus ou moins talentueux pour s’essayer à l’aquarelle ou à l’huile. Les tableaux de Yang Zhi-guang, Vermeer, Pissarro ou Gauguin n’y changeront rien, même s’il est à prévoir que bien peu hériteront du talent de ces grands artistes.
Il en va de même pour la chanson. Révérence gardée envers le p’tit gars du Minnesota, il nous semble qu’il se trompe lorsqu’il déclare : « Le monde n’a plus besoin de chansons. […] Non, il y en a suffisamment. Il y en a même trop. En fait si personne n’écrivait plus de chansons à partir de maintenant, le monde n’en souffrirait pas. Tout le monde s’en fiche. Il y a suffisamment de chansons à écouter, si l’on veut écouter des chansons. A chaque homme, chaque femme et chaque enfant sur Terre, on pourrait envoyer, probablement, une centaines de disques, et il n’y aurait jamais de répétition. Il y a suffisamment de chansons. À moins que quelqu’un n’arrive avec un cœur pur et n’ait quelque chose à dire. C’est autre chose » (1). La question ne se pose ni en termes de quantité ni en termes de qualité. Chacun de ces artistes – d’ailleurs de plus en plus nombreux – qui s’essaient à la chanson ou qui s’installent dans une « carrière » sait très bien, on peut l’espérer, qu’il ne révolutionne ni l’écriture chanson ni l’écriture musicale quand il édite un nouveau CD. Très rares sont ceux qui y sont parvenus. Et pourtant l’on continue à écrire des chansons comme on continue de peindre, de danser, de réaliser des films. Car le besoin, ou l’envie, de s’exprimer par l’art est le plus fort chez nombre d’individus, des plus médiocres aux plus géniaux. Voilà pourquoi, sans que nous, non-artistes, en ayons besoin, il y aura toujours des chansons.

(1) Dylan par Dylan, Interviews, 1962-2004, traduction D. Griesmar, Bartillat, 2007.

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Trois gars

Il était tentant, pour présenter ce blog à trois voix, de parler de blog à trois voies et de céder ainsi à la mode calamiteuse du jeu de mots systématique.
« Trois voies », cela faisait cependant un peu trop autoroute et grande vitesse pour des gars (les auteurs) qui ont atteint l’âge de ne plus être pressés. Des flâneurs, en quelque sorte, qui prennent les chemins buissonniers et s’attardent à contempler les paysages chansonniers qui leur plaisent ou à évoquer ceux qui leur ont plu un jour.
Trois voix, trois gars qui ont en commun d’aimer beaucoup la chanson et de lui avoir, chacun à sa manière, consacré bien du temps et de l’énergie. Depuis tant d’années, il nous semble que nous pouvons dire que nous connaissons maintenant tout de la chanson, tout, c’est-à-dire à peu près rien.
La chanson est un genre difficile à cerner tant il se confond avec nous, les gens. Nous évoluons sans cesse au gré des circonstances, et la chanson évolue avec nous. Elle est partout et prend toutes les formes. C’est un art populaire dont la caractéristique principale est sans doute de se renouveler perpétuellement, comme un art du présent qui ne souffrirait qu’un modeste passé et une vague avant-garde.
Grâce aux moyens de production et de diffusion, jamais les chansons n’ont été aussi nombreuses qu’aujourd’hui. Cependant, les véritables émotions chansonnières restent rares. C’est comme tomber amoureux, ça n’arrive pas tous les jours, et on peut très bien tomber amoureux d’une chanson ou d’une musique (comme disait Georges Brassens), au point de considérer toutes les autres comme un peu plus fades et s’en trouver la sensibilité pour un temps chamboulée.
Pour en revenir à nos chemins buissonniers, disons qu’il s’agit d’escapades à la recherche de cette émotion rare, qui chamboule. En chemin, nous causons chanson pour nous tenir compagnie.
Qui nous aime nous suive !

René Troin (expert chanson sans assurance)
Pierre Delorme (auteur compositeur interprète et professeur à l’ENM de Villeurbanne)
Floréal Melgar (cofondateur de Radio-Libertaire et animateur du Forum Léo-Ferré pendant dix ans)

4 commentaires sur “« Ah ! non, Bob ! » par « les trois gars »

  1. Très heureux du retour des crapauds et des rossignols.

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  2. Et c’est reparti pour un tour, bon vent les trois gars 😉

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  3. Ah ! ça fait du bien ce retour ! vivement la suite !

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  4. Alors là, je suis soufflé. Par la promptitude de la réaction. Bravo !
    Et aussi par ce titre qui contesterait l’icône incontestable qui réunirait ces 3G… (plein de conditionnels).
    Re-bonjour avec grand plaisir messieurs.

    Aimé par 1 personne

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